Le plan A, le plan B en Europe


Politique / dimanche, octobre 7th, 2018

[English below]

Attac Allemagne m’a fait l’honneur de m’inviter, en tant que représentante de la France insoumise, pour son Congrès qui s’est déroulé du 5 au 7 octobre 2018 à l’Université de Kassel (Hesse). Le Congrès était consacré à l’Europe et je suis intervenue sur le panel final, “Des étapes concrètes vers l’Europe que nous voulons”.

La modératrice, une jeune femme de la Fondation Rosa Luxembourg, a résumé les échanges du weekend et introduit ma présentation en soulignant le déficit démocratique des institutions européennes et des traités européens. Elle a indiqué que le cœur du problème démocratique en Europe réside dans les règles du marché intérieur européen. Ces règles garantissent des “libertés fondamentales” qui recouvrent un ordre économique particulier : elles se concentrent sur la libre circulation du capital, mais laissent les questions sociales, les droits des travailleurs ou encore l’environnement aux législations nationales. Ainsi, les intérêts du capital sont systématiquement privilégiés. On parle de « Constitution néolibérale ».

Sachant qu’une réforme des traités n’est possible qu’en obtenant l’unanimité au sein des Etats membres – ce qui semble utopique aujourd’hui – la modératrice m’a interrogé sur la stratégie de désobéissance de la France insoumise. Que signifient le plan A et le plan B ? Accordons-nous réellement du crédit au plan A ?

Je reporte ci-dessous mon intervention. Une vidéo est disponible. Mon propos s’appuie sur les textes déjà parus, dans le cadre de la France insoumise ou du Parti de Gauche. Il devra être complété et, si besoin, corrigé par le programme de la France insoumise pour les élections européennes qui paraîtra lors de la Convention de la France insoumise le 8 décembre prochain.

Mon intervention en français :

Notre stratégie a été pensée à partir de l’échec de la social-démocratie à réorienter le projet européen. Depuis que je m’intéresse à la politique j’entends parler d’”Europe sociale” de la part de dirigeants politiques qui se disent de gauche, et qui finalement, se couchent tous devant les exigences de Bruxelles et de l’oligarchie européenne.

Notre stratégie a également été pensée à partir de l’échec d’Alexis Tsipras en Grèce. Selon notre analyse, Tsipras a été entraîné dans une spirale de concessions et à l’impuissance à défaut d’avoir préparé un plan B. Le plan B, en Grèce, aurait impliqué notamment une sortie de l’euro et un moratoire sur la dette.

A partir de ces deux échecs, nous avons compris qu’il fallait se donner les moyens d’un véritable rapport de force avec Bruxelles. Ce rapport de force se crée, de manière privilégiée, lorsque des élections portent au pouvoir un gouvernement populaire à l’échelle nationale.

Nous avons pensé la stratégie plan A / plan B à l’occasion des élections présidentielles françaises de 2017. Nous voulons désormais la mettre en oeuvre en 2022 dans le cadre d’un Gouvernement de la France insoumise. Nous espérons qu’elle pourra inspirer toute autre force progressiste qui prendrait le pouvoir en Europe d’ici là.

Le plan A :

Si un gouvernement populaire arrive au pouvoir en Europe, il peut proposer d’abandonner les traités européens actuels et de renégocier d’autres règles. Pour sortir du carcan néolibéral européen, il faudrait :

  1. Une réforme profonde de la BCE. Nous avons besoin d’une BCE sous contrôle démocratique qui oeuvre pour le plein emploi et finance la transition écologique.
  2. L’abolition du pacte budgétaire européen et de l’ingérence de Bruxelles dans les budgets nationaux.
  3. Une solution européenne coordonnée pour la dette souveraine ; il est nécessaire de libérer les peuples des dettes impayables.
  4. Un mécanisme macroéconomique pour équilibrer les balances courantes au sein de l’Union européenne ; très concrètement, il faut que l’Allemagne arrête d’exporter partout et augmente sa demande intérieure.
  5. Le rejet des accords de libre échange.
  6. La lutte contre l’évasion fiscale.

Le plan B :

Le plan B est ce qui donne toute sa force à un gouvernement populaire dans la négociation. Bien sûr, pour modifier les traités, en temps normal, la règle de l’unanimité prime. Mais si un Etat comme la France est prêt à appliquer un plan B, la donne change !

Avoir un plan B signifie :

  1. Que nous pouvons sortir de l’euro, seul ou avec d’autres pays. D’autres cadres de coopération monétaire sont envisageables.
  2. Que nous sommes prêts à reprendre le contrôle de ses frontières. Nous pouvons mettre en œuvre un contrôle des capitaux et une politique commerciale basée sur des critères écologiques ou sociaux.
  3. Que nous ne nous plierons pas au chantage des marchés financiers et que nous avons besoin de trouver d’autres moyens pour financer notre dette et nos services publics.

En un mot, le plan B est une sortie unilatérale des traités, par laquelle les Etats reprennent le contrôle de leurs outils de base d’intervention dans l’économie. L’application du plan B peut également être le point de départ de la construction d’autres coopérations avec l’ensemble des pays qui le voudront.

Cette stratégie a été élaborée dans le cadre des sommets internationalistes du plan B, lancé dès l’été 2015 lorsque Tsipras a plié face à l’Europe. Elle a été formalisée dans la déclaration adoptée à l’issue du sommet du plan B de Rome, en avril 2017. L’importance relative accordée par les différents Etats au plan A et au plan B est différente. En France, un plan A paraît plausible ; la France est un État fondateur de l’UE et la deuxième économie européenne. En Grèce, compte tenu d’un poids beaucoup plus faible, c’est le plan B qui prime.

Cette année, la France insoumise a entamé la construction d’une nouvelle alliance politique, l’alliance “Maintenant le peuple” aux côtés de Podemos et du Bloco de Esquerda. Dans sa déclaration fondatrice, cette alliance appelle à rompre le carcan des traités européens et à bâtir un nouvel ordre institutionnel en Europe. D’autres forces politiques progressistes en Europe nous ont déjà rejoints.

Avec les élections européennes de mai 2019, la France insoumise veut obtenir la plus large assise possible au Parlement européen. Nos députés européens formeront un commando qui commencera la réécriture des traités. Nous espérons que cela sera utile pour 2022, lorsque la France se dotera d’un Gouvernement de la France insoumise.

Comme vous l’aurez sans doute compris, pour nous les élections européennes marquent le début du plan A.

 

Mon intervention en anglais :

Social democracy failed to give direction to the European project. Ever since I took an interest in politics, I have heard so-called left wing politicians talk about a so-called social Europe. Eventually, they all end up denying their own convictions and they shamelessly submit to Brussels demands.

Tsipras’ project also failed in Greece. The way we see it, Tsipras was caught in a succession of denials ; he became powerless because he didn’t prepare any back up plan, what we call a plan B. Plan B, in Greece would have meant leaving the euro and refusing to reimburse the debt.

We took the dramatic failure of social democracy and the dramatic failure of Greece into account when elaborating our European strategy.

We have understood that in order to stand up against the European oligarchy, to stand up against Brussels elite, we need to come up with a coordinated pressure tactic. This tactic can be best executed at national level when people elect a popular government.

We elaborated the plan A / plan B strategy in preparation for the 2017 French presidential election. We now want to execute it in 2022 as part of a France insoumise Government. Until then, we hope that our strategy can inspire other political forces.

What does plan A mean ?

If a people’s government comes to power in Europe, it can try to abandon the current European treaties and renegotiate other rules to leave the neoliberal straightjacket. We can propose :

  1. A broad reform of the European Central Bank. We need an ECB under democratic control, working to achieve full-employment and to finance the ecological transition.
  2. Abolition of the Stability Pact, more independence of the States in their fiscal policies.
  3. A European coordinated solution for sovereign debt. Peoples need to be liberated from the yoke of  unpayable debts.
  4. A macroeconomic mecanism to solve growing current account imbalances. Very concretely, Germany must stop exporting so much and increase its interior demand.
  5. We need to abandon free trade agreements.
  6. We need to fight tax evasion.

What is plan B ?

Plan B is what gives strength to a people’s government in the negotiations. Under normal conditions, unanimity is needed to amend treaties. Nevertheless, what if a country like France is ready to apply a plan B ? The game is changing.

Having a plan B means :

  1. That we are ready to leave the euro, alone or with other countries. Another currency union might be set up. France could set up a currency union with Italy or with Spain for example.
  2. That we are ready to regain control of our borders. We may implement capital controls and a trade policy based on social and ecological considerations.
  3. That we will not bow to financial markets blackmail and that we need to find other ways to fund our debt and our public services.

In a word, plan B is a unilateral decision to leave the European treaties. It is the decision, by sovereign States, to regain control over their basic economic policy tools. Plan B can also be the starting point of other cooperations between sovereign states.

This strategy was crafted during the international plan B summits. The summits were launched  following Tsipras’ surrendering during the 2015 summer. We put it on paper in a declaration that was adopted at the Rome plan B summit in april 2017. The different political forces which took part in plan B summits give greater or lesser importance to plan A and plan B. In France, we believe that there can be a plan A. In Greece, due to the lower weight of the country, plan B may prevail.

This year, La France insoumise has started to build a new political alliance, together with Podemos and Bloco de Esquerda. The name of the alliance is Now the People ! ; it calls for a citizens’ revolution in Europe. Many other European progressive forces have already joined us. All these forces agree that it’s now time to break the straightjacket of EU treaties. We all want to build a new organisational project for Europe.

In 2019, La France insoumise wants to get as many seats as possible in the European Parliament. Our MEPs will be a commando, with the mission to start rewriting the treaties. We hope that it will be useful for 2022, when France will elect a President from La France insoumise.

As you may understand, for us the European elections mark the beginning of Plan A.  

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